vendredi 31 octobre 2014

Diamants taille ancienne, l histoire, la valeur, la retaille


Taille ancienne de plus de 14 carats, monture Jean Jacques Richard

Voici une taille ancienne qu'un client m'avait demandé de monter,  ce diamant était assez blanc, ma photo ne rend pas bien la couleur, mais montre sa taille, son facettage, sa culasse tronquée et ses inclusions.


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Comparons avec un diamant taille brillant de 57 facettes, proche de la perfection dans l art de la taille. Comme diraient les turfistes, quand il n'y a aucun doute, "Y a pas Photo" car 
souvent les chevaux sont tellement proches sur la ligne d'arrivée que pour les départager, la seule possibilité est d'analyser les photographies qui ont été automatiquement prises à l'arrivée, pour repérer quelle paire de naseaux a passé la ligne en premier.
Avant Louis de Berquem, on ne savait rien, mais ceux qui étaient initiés gardaient jalousement leurs secrets, donc on peut penser que les techniques de clivage et de sciage avaient été perdues, puis redécouvertes.

Jusqu'au XII eme siècle la taille resta très primitive, on collait les gemmes de dureté moyenne sur un bâton, et on les frottait à la main sur un polissoir en grès, le polissage continuait sur des plaques de plomb, puis sur des peaux tendues d'abrasif

Au XIII eme siècle, sous Saint Louis, le commerce et la taille des pierres précieuses se partagaient entre les orfèvres et les lapidaires qui formaient une corporation, les "Cristalliers et Pierriers de pieres naturelles" Seuls les orfevres avaient exclusivement le droit de monter les pierres précieuses.
Les statuts de 1355 accordés aux lapidaires défendent de tailler le cristal dans la forme du diamant, de mettre du paillon sous l'améthyste et le grenat, de polir et de teindre les pierres, et notamment le quartz hyalin ou prisme d'améthyste, et la façon à les faire passer pour des pierres fines etc, etc.
La défense de tailler le cristal, à imitation du diamant prouve qu'avant 1355 on savait donner des facettes à cette pierre précieuse et en obtenir des jeux de lumière. En 1382, un Allemand, nommé Jean Boule, taillait le diamant à Paris . Ceux qui, parmi les orfèvres, se livraient spécialement à la taille des pierres étaient, en 1307,au nombre de seize .
On pratiquait la taille en table plate et en pointe régulière des 1382.

Bague renaissance avec un octaedre brut de diamant 
http://www.fabiandemontjoye.com/

Jean Boule se contentait d'user le diamant en facette. il se servait d'une espèce de courroie bien graissée, qui était enduite d'une poudre de diamant. C'était efficace pour les pierres moins dures mais pour le diamant???




c'est vers 1541 que Pierre Woeiriot publia des modèles de bagues et de pendants d'oreilles gravés à l'eau-forte dont ont tant profité les bijoutiers de l'époque.  Et la bague renaissance en vente chez Fabian de Montjoye  est à rapprocher de ces dessins 



Colette Sirat a traduit "Les pierres précieuses et leurs prix" au XVe siècle en Italie, d'après un manuscrit hébreu nous traduit un passage sur le diamant:

Le Diamant
J'ai entendu dire que c'est une sorte d'aimant. Il est léger et plus dur que toutes les pierres précieuses et que tout ce qui existe dans ce bas monde.
Voici comment on l'éprouve : la pierre d'aimant ne l'entame pas et ne l'attire pas (et est détruite devant lui ? ) Mais ne l'éprouve pas en Inde, car là-bas, il arrive quelquefois qu'elle se brise facilement.
Seconde épreuve : lorsqu'il est taillé, si tu le places près de tes yeux,tu y verras ce qui est loin devant toi et derrière toi .
S'il n'est pas poli tu verras de part en part de la pierre et un peu de ce qui est devant toi.
Troisième épreuve : son poids est plus léger que n'importe quelle pierre qu'on voudrait faire prendre pour lui.
Quatrième épreuve : il est très dur et le fer ne peut rien lui faire.
J'ai aussi entendu : le feu ne lui nuit pas.
J'ai entendu encore : la pierre aimant attire le fer mais si tu places l'aiguille [aimante] sur le diamant, elle ne l'attire pas.

Voici la valeur du diamant à Venise (Vendegà), [diamant brut]d'un poids de :
1 /2 carat vaut 10 ducats ; 1 carat, 25 ducats ; 1 carat 1 /2, 45 ducats et plus ; 2 carats, 75 ducats ; 2 carats 1 /2, 110 ducats ; 3 carats, 150 ducats ; et ainsi de suite selon son poids, le prix augmente, mais il faut faire très attention qu'il n'y ait ni tache ni défaut, et que ses quatre côtés soient harmonieusement ordonnées de façon qu'on puisse lui donner forme par le polissage .
Pour ceux qui n'ont pas de forme, regarde à deux fois avant de les acheter et achète-les bon marché, c'est là mon conseil.
Les diamants bien taillés valent : 1 /2 carat vaut 20 ducats ; 1 carat, 60 ducats ; 1 carat 1 /2, 100 ducats et beaucoup plus ; 2 carats, 150 ducats ; 2 carats 1 /2, 200 ducats ;3 carats, 270 ducats et plus ; 4 carats, 350 ducats et plus.
Prends bien garde qu'il n'y ait pas de tache ni de glace (glaz) Garde-toi bien des faussaires qui taillent [de faux diamants] dans du saphir citrin (aitrïn) , car ces pierres sont de mauvaise qualité, elles n'ont ni la pureté ni la dureté [du diamant] et ne supportent pas le feu,comme je l'ai expliqué.
Mais l'expert en diamants (diëmant) les écartera facilement.



Ensemble de diamants bruts


On ne sait très bien à quand remonte la taille du diamant, Sinon que le fermoir du manteau de Charlemagne était orné de 4 gros diamants octaédriques, brut qu'on appelait à l'époque "pointes Naïves"
En 1406, lors d'un grand diner, les très nobles convives du Duc de Bourgogne se virent offrir onze diamants estimés à 768 ecus d'or, Guillebert de Mets , copiste flamand du 15 eme dans son livre "Description de Paris" explique que la plupart de ces diamants avaient été taillés à Paris par "d'artificieux ouvriers pollissoient dyamans de diverses formes"

Louis de Berquem  en 1575 réalisa les premières tailles régulières à 33 facettes du diamant à l'aide d'une meule horizontale en acier recouverte d'égrisé (poudre de diamant) délayé dans l'huile. 

Puis vint Mazarin qui fut un grand protecteur des diamantaires, et un grand acheteur aussi.
Nos lapidaires avaient acquis un renom important auprès des autres cours européennes, mais ces artisans étaient pour la plupart protestants ou Israélites.



Diamant taille ancienne monté


Louis XIV les bannit du royaume et nos diamantaires et lapidaires allaient fuir en emportant leurs capitaux, leurs pierres et leurs secrets.
Idar Oberstein , Anvers, Amsterdam leur offrirent le droit d'être "bourgeois" et l'exemption d'impots.
Nous eumes un roi plus  tard,une tentative d'installation en 1786 par les frères Schabracq, pour ceux qui ne l'auraient pas lu, voir son édifiante histoire sur ce meme blog:
http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2013/01/la-manufacture-royale-de-taille-de.html

Heureusement il y eut l'Empire, l'argent rentrait, des fortunes se reconstituaient et nous redevinmes un centre important , et en 1914 près de 2000 ouvriers diamantaires travaillaient à Paris.
Hitler et Pétain se chargèrent de nous faire redescendre à un très petit niveau de cette industrie.




Retour en Arrière: Louis de Berquem fit ses premiers travaux sur les trois diamants qu'avait acquis Charles le Téméraire dont le Sancy diamant de 55cts 23, d'après Simone Hatem, Jacques Lenfant ou Diamant Gems, La seule chose dont on soit réellement sûr en ce qui concerne l’origine de ce diamant est qu’il provient d’Inde. Son histoire connue débute à Bruges en 1476 où Lode Van Berkem (en français Louis de Berquem) tailla la pierre pour Charles Le Téméraire, comme il l’avait fait auparavant avec le Florentin.


Charles le téméraire avec le collier de la Toison d'Or

Le Duc de Bourgogne mourût un an plus tard lors de la bataille de Granson. La pierre fût alors volée avec bien d’autres bijoux et il fallu attendre 1589 pour en retrouver la trace au Portugal, parmi les joyaux du roi du Portugal. Ce dernier dût fuir le roi d’Espagne et mis alors le diamant en gage.
Et c’est justement le baron français Nicolas Harlay de Sancy surintendant des Finances d'Henri IV qui reçut la pierre en gage et décida finalement de l’acheter.  Fidèle au roi, celui-ci se proposa de mettre le diamant en gage afin de soutenir l’effort de guerre.
D'autres pensent qu'il a été faussement attribué a Charles le Téméraire et que le Sancy a été acquis en 1570 à Constantinople par Nicolas Harley de Sancy

Lady Nancy Astor
Le Sancy passa alors de main en main pendant de nombreuses années. Vendu par Sancy à Jacques Ier, roi d'Angleterre (1604), puis par Henriette-Marie de France, reine d'Angleterre au cardinal Mazarin (1657) ; légué par le cardinal Mazarin à Louis XIV (1661).Placé sur les couronnes de Louis XV (1722) et de Louis XVI (1775),et finalement le milliardaire William Waldorf  Astor. Quelques années après la mort de son épouse, en 1976, le musée du Louvre l’acheta pour l’exposer dans la galerie d’Apollon où il est encore possible de l’admirer.

Louis de Berquem reçut 3000 ducats pour avoir taillé les trois diamants, il forma à Bruges sa patrie, de nombreux élèves qui s'établirent ensuite à Anvers, à Amsterdam et .....à Paris.

La  Taille


Voici une photo d'un beau diamant brut, dans sa gangue de Kimberlite, ce qui permet de mieux comprendre les diamants montés avant la renaissance.
A partir de là, l art de la taille a subi une évolution continuelle. au début le diamant sera taillé avec 10 facettes , les huit facettes naturelles, table et culasse.



Voici ce que nos ancêtres "Jouailliers" appelaient la pierre épaisse , c'est a dire le non recoupé.
Le plus ancien des diamants comporte une petite table, une pointe de culasse relativement grande, huit facettes autour de la table et huit facettes du coté culasse De chaque coté quatre facettes sont les faces naturelles de  l'octaedre et quatres autres ont été taillées sur les arêtes du brut.
Ce type de diamant était au XVII eme siecle, dénommé "taille simple" par comparaison avec la "taille double" laquelle comportait en plus de la table et de la pointe de la culasse, seize facettes de chaque coté.




Ces diamants taille épaisse sont montés ainsi en bague.


Un progrès, la taille de Louis Berquem, 33 facettes, il tailla les diamants de Mazarin ainsi.



Le Brillant taille ancienne  qu'inventa le Vénitien Vincenzo Peruzzi comporte le même nombre de facettes que le brillant moderne, mais...
Les angles sont voisins de 45°, il n'y a pas de recherche de forme régulière et de symétrie des facettes, et les Halefis sont très courts. S'il fallait retailler ces pierres en taille brillant moderne, la perte serait de l ordre de  40%


 Voici le Régent découvert par un esclave à Golconde en Inde , il pesait 426 carats et Thomas Pitt, alors gouverneur de Madras, en fit son acquisition pour 20 400 £. Réduit à 140,5 carats par le joaillier londonien Harris, qui le taille en brillant entre 1704 et 1706. Sa taille est issue de la taille de Vincenzo Peruzzi.
Actuellement au Musée du Louvre. Question à laquelle je ne puis répondre! combien a touché l'esclave?

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Voici une planche que j ai tiré de l encyclopédie le Spectacle de la nature (collection personnelle) Cela permet de se rendre compte des connaissances de l 'époque.
Il est écrit a propos de "la taille épaisse" qu'elle a été nommée ainsi a cause de son épaisseur; ce diamant doit avoir les même proportions que le brillant, c'est a dire un tiers de dessus et deux tiers de dessous le dessus est composé d'une d'une table carrée & de quatre grande faces & le dessous d'autant qui vont se terminer au point central en forme de pyramide.




Sur ce dessin ci-dessus  le "brillant demi-taille" Jacques Lenfant disait qu'il ornait fréquemment les "bijoux de famille" de la bourgeoisie Européenne.

Le facettage est plus symétrique que celui des tailles anciennes, s'il fallait les retailler la perte serait de 25%
La plupart des diamants de nos familles Royales Européennes, et plus tard de nos familles bourgeoises ont été retaillées au gout du jour, et certains diamants ont "commencé leur carriere" si je puis dire  en passant de 10, a 18, puis 34, 57 ou 58 facettes .

ET APRES


Il fallait être au plus près des lois de la réfraction et de la réflexion qui sont à la base de la brillance du diamant; c'est à dire faire en sorte que tout rayon de lumière rentrant à la verticale du diamant ressorte par la table ou les facettes de la couronne. A gauche la taille est parfaite , au centre, sur une pierre très épaisse une partie des rayons est déviée vers le bas  et avec une pierre trop plate, les rayons ressortent par les cotés.La brillance est déterminée par l'inclinaison des faces internes de la pierre, l'éclat par l'inclinaison des facettes de la couronne.
De mauvais bijoutiers ont tendance a trouver comme argument "la pierre pèse un carat, mais elle fait la largeur d'une 1 ct 20" argument Beurk...


Donc le "Beau Sancy" ne peut avoir un éclat parfait et maximal

En 1919, Tolkowsky publia les proportions idéales d'un diamant. Cette taille comptait 58 facettes : la table, 32 facettes entre la table et le rondiste et 24 facettes entre le rondiste et la colette. Cette taille est considéré comme la base de la taille moderne.
En 1925, Johnson et Roesch publièrent les proportions d'une autre taille qui n'eu guère de succès. Cette taille fût appelé « brillant idéal ».

En 1939, Eppler inventa la taille « fine pratique » qui se rapprochait de celle de Tolkowsky.
En 1951, Parker inventa une nouvelle taille qui avait la particularité d'avoir une très grande table étalée.
En 1963, découverte de la taille « Princess » qui comporte 74 facettes.
En 1965,découverte de la taille « haute lumière » qui comporte 146 facettes.
En 1966, Tillander publia les normes du standart scandinave. Cette nomenclature sert de base à la taille moderne.
En 1970, découverte de la taille « Royal 144 » qui comporte 144 facettes.

En 1978, IDC (International Diamond Council) définit les normes qui donne au diamant le plus de réfraction


Taille brillant moderne et ses proportions


La valeur d'une taille ancienne se calcule donc ainsi:

Essayons d'abord de calculer ce que notre taille ancienne  ferait comme poids une fois retaillée.
Selon les diamants nous avons vu plus haut, cette perte peut être de 25, 30, 40% . Le prix sera donc celui de la pierre une fois retaillée sur la base de sa cotation au Rapaport, moins les frais de retaille qui peuvent etre élevés.

 Le diamant le Koh I Nor:
Ce diamant était de forme arrondie, il appartenait à un prince Hindou le Râja de Mâlvâ en Inde, il pesait 186 carats. 
Le Koh I Noor est devenu la propriété du shah de Perse, qui la surnomma « Koh-i-noor » (Montagne de Lumière), elle fut ensuite saisie par la Compagnie des indes qui en fit présent à la reine Victoria en 1850. 
Crystal Palace Londres 1851
Quand ce diamant fut exposé au Crystal Palace de Londres en 1850 le public fut très décu par son manque d'éclat, il fut donc retaillé et le poids descendit a 108 carats
Retaillée pour être placée dans la couronne de la reine Mary, puis dans celle de la reine Elizabeth, elle se trouve à la Tour de Londres. En 1937, la pierre est installée sur la couronne de la nouvelle reine Elizabeth. Les gouvernements successifs de l'Inde demandent périodiquement le retour de la pierre,  revendiquant la propriété légitime.

Martin Rapaport a établi en dollar les premières listes de prix des diaman
ts (le Rapaport, appelé par les professionnels le Rap ou la Liste), qui sont devenues aujourd'hui incontournables dans le commerce du diamant.
Mon conseil, dans la plupart des cas, gardez votre taille ancienne telle qu'elle est, elle ont souvent beaucoup de charme, vous pouvez faire exécuter de petites rectifications telles que le rondiste.

Un complément à cet article sera toujours le bienvenu, sans oublier qu'il ne s'adresse pas aux professionnels mais a ceux qui aiment les bijoux.

Mail : richardjeanjacques@gmail.com




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