lundi 6 août 2012

l'extraordinaire histoire de la maison Clerc Paris, la maison de Neuilly pendant la guerre



Dans les articles précédents, voir :

J’avais expliqué comment le fils et la femme du fondateur de la maison Clerc avaient, au dire du dossier de la Treuhand, organisé une liquidation au profit de Monsieur Liebman afin de déshériter  Paul Clerc.
J’avais expliqué aussi comment Monsieur Liebman avait quitté la France au début de la guerre pour se réfugier avec sa famille  aux Etats Unis.
Les biens de monsieur Liebman ayant été Aryanisés, la maison de Monsieur Liebman au 31 boulevard de la Saussaye à Neuilly, avait été occupé un temps par la maîtresse italienne de Monsieur Liebman.(interrogatoire de Laure Dissard le 31/8/1948)



Puis elle avait été mise en location par l administrateur de l Aryanisation Mr Armand Biney en mai 1942




Source dossier d’aryanisation et livre « une Reine de l occupation de Gilbert Joseph chez Albin Michel. Livre de 70 pages merveilleusement renseigné . Gilbert Joseph  ecrit "Armand Binet" je crois préférable l orthographe  d’"Armand Biney" du dossier d’Aryanisation.
Pendant un temps, la Kommandantur de Courbevoie voulait réquisitionner cet Hotel particulier à moins qu’il ne soit loué à Mr Kleinknecht qui était un de leurs agent, point important, la durée du bail était conditionnée par l occupation allemande en France.
Ce Monsieur Kleinknecht était un banquier Allemand (et un agent de l Abwer), il avait épousé une française , (voir en fin d’article, un court compte rendu sur la vie de cette femme, le livre fait 370 pages et je peux vous encourager à l acheter car Laure Dissard, madame Kleinknecht a vécu tellement d’évènements  que cette histoire est passionnante)
Ils s’étaient mariés avant guerre, mais ce couple infernal s’aperçut très vite de ce qu’ils pouvaient tirer de l’occupation de la France et surtout de faire fortune grâce à l aryanisation en rachetant pour rien des biens juifs saisis , en profitant de leurs relations allemandes, mais surtout françaises.
Laure Dissard avait encore plus d’ambition que Walter Kleinknecht qui lui, n’avait pas beaucoup d influence sur son épouse qu’il décrivait comme autoritaire. Ils vivaient séparés et finalement  Laure Kleinknecht vint s’installer dans la maison de Monsieur Liebman au mois d’Avril 1943.
Dans le dossier d'aryanisation, il y a les plans de cette maison qui était très grande et je les publie car certains descendants de Mr Liebman en france et aux Etats unis ont connus cette maison.




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Sur cette partie du plan, le sous sol et le premier étage.
Tout d'abord le descriptif de la maison dit que le terrain fait 19 mètres sur 40 mètres de long,que le mur en ciment sur le boulevard , est surmonté  d'une grille en fer , selon le règlement de la voirie de la ville de Paris , une grille "Charretière" en fer a deux vantaux surmontés d'un motif décoratif, ce texte qui avait été préparé pour la location dit que l hôtel particulier est édifié en matériaux de luxe.
Au sous sol, logement du personnel, garage etc.
Au premier étage , une grande chambre avec salle de bains et WC.
Une terrasse au devant de la chambre et de la salle de bains, et une autre terrasse avec pergola sur le coté droit de la chambre.

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Le deuxième étage, couvert en terrasse avec deux chambres, une salle de bains, une lingerie et des WC.

Le sol du vestibule est  dallé de marbre "grège d'alose" avec plinthes en marbres sur le pourtour des murs Le descriptif fait plusieurs pages je le communiquerais a qui le voudrait.
Toujours est il que c'est à cause des grandes pièces de réception que Laure Dissard/Kleinknecht jette son dévolu sur cette maison car elle veut recevoir beaucoup de monde. Et il va défiler une bonne partie de la collaboration dans cette maison.




Jean Bichelonne, Fernand de Brinon, docteur Michel et le général Barckhausen à l'inauguration du salon Technique et Industriel français au Petit Palais. Paris, avril 1941. LAPI © LAPI / Roger-Viollet 

Il divorcèrent en juin 1943 tout en continuant à se fréquenter pour leurs affaires communes et aussi parce que Laure était beaucoup plus puissante que Walter son Mari.
Elle put réaliser de très grosses prises industrielles, entre autre une partie de Hispano Suiza, avec la complicité de Jean Bichelonne (photo ci-dessus), collaborateur notoire qui mit en place le STO, fut secrétaire général en 1942 du commerce et de l industrie, ministre du travail en 1943 et qui mourut des suites d’une opération en décembre 1944 en Allemagne après s’etre réfugié a Siegmaringen.
Au centre Marcel Déat , a gauche Chateaubriant

13 août 1938: La rencontre d'Adolphe Hitler à Berchtesgaden finit de le convaincre qu'un nouveau Messie est arrivé. Il se proclame lui même fasciste et nazi.
1940: Nommé directeur du mouvement «Collaboration», il fonde un hebdomadaire littéraire et politique où il appelle à la collaboration avec les Allemands. Le premier exemplaire de «La Gerbe» paraît le 11 juillet 1940. Y collaborent Giono, Morand, Cocteau, Marcel Aymé, Guitry. La revue opte pour une Europe aryanisée et débarrassée du bolchevisme autour de Jacques Doriot et Marcel Déat.
Le 24 octobre 1940: Il est présent au coté du maréchal Pétain lors de la rencontre à Montoire sur loir avec Hitler. Le principe de la collaboration y est décidée.
Le 30 janvier 1941: Il exalte dans la gerbe "la beauté morale de la capitulation" et demande aux français de collaborer sans réserve puisque les allemands offrent aux français "d'être libre avec eux et libérateurs face aux dominations et aux esclaves". En remerciement, Goebbels invite les écrivains collaborateurs de la Gerbe en grandes pompes à Nuremberg. 
Le 17 août 1944 est imprimé le dernier numéro de «La Gerbe» alors que son directeur de publication s'est déjà réfugié en Allemagne. A la libération, son nom apparaît sur la liste des auteurs jugés indésirables par le Comité national des écrivains.
1945: Alphonse de Châteaubriant est toujours réfugié en Allemagne, puis passe en Autriche, à Kitzbühel, sous le nom d'emprunt de Dr Alfred Wolf.
Le 25 octobre 1945: la sixième section de la Cour de justice de la Seine condamne Châteaubriant à mort par contumace et le frappe d'indignité nationale à vie. Un mandat d'arrêt est alors lancé contre lui avec ordre de le conduire au fort de Charenton.


Laure  Dissard d’après Gilbert Joseph, dépensa plus de 500.000frs  de l’époque soit environ 110.000€, pour aménager cette maison entourée d’un jardin fermé.




De gauche à droite, Gerhard Heller qui fréquenta beaucoup Laure Dissard à la maison de Neuilly avec les autres écrivains, Pierre Drieu La Rochelle, Georg Rabuse, Robert Brasillach, Abel Bonnard et André Fraigneau, après avoir assisté à une réunion d'écrivains européens en Novembre 1941 que l'intention de faire des écrivains français les instruments des journalistes de la culture et de la propagande nazie idéologie.
Elle fréquentait les ministres les plus importants de Vichy, Deat (ci-dessus), Benoist Mechin, Bichelonne, Laval, Cathala ministre des Finances, Bonnafous le ministre de l agriculture, et les autres, mais aussi beaucoup d’allemands de la SS au plus haut niveau comme Kieffer, Kurtz, Boemelburg,Maulaz


Benoist Méchin
Maulaz avait des ambitions et trouvait les ministres de Vichy trop timides, sauf…Bichelonne, or qui de mieux que Laure Dissard- Kleinketch, puisqu’elle était la maîtresse de Bichelonne.


Pierre Cathala

Fidèle de Pierre Laval, Pierre Cathala ne se démarque pas de la ligne financière tracée par son prédécesseur, à ceci près que sa marge de manœuvre, vis-à-vis de l'occupant, apparaît encore plus réduite.
Moins audacieux qu'Yves Bouthillier pour les réformes de structure, il créé cependant les services sociaux du ministère.
Condamné par contumace à la Libération, il vit presque jusqu'à ses derniers jours dans la clandestinité.  
Il entra dans le jeu pour favoriser des réunions entre les dirigeants allemands et  des français disposés a collaborer et a les satisfaire.




Amédée Bussière  ami de Laure Dissard

Bussière, Amédée (Préfet de police de Paris du 21 mai 1942 au 17 août 1944, organisateur de la rafle du Vél d'hiv') : arrêté le 20 août 1944, révoqué le 25 mai 1945, jugé en juillet 1946 et condamné aux travaux forcés à perpétuité, à la confiscation de ses biens et à l'indignité nationale..Arrêté et incarcéré au dépôt de la préfecture de police (20 août 1944), à Drancy, ramené au dépôt de la préfecture de police, incarcéré à la Santé. Inculpé en septembre 1944 et détenu à Fresnes. Révoqué le 25 mai 1945. Comparaît devant la cour de justice de la Seine (juillet 1946).  Libéré en mars 1951, Peine commuée libéré conditionnel,mort en 1953.



Florence Jay Gould

Gilbert Joseph dans son livre "une Reine de l occupation" ecrit que Kleinknecht qui menait la grande vie, avait rencontré Florence Gould milliardaire par son mari, mécène des lettres françaises, très active pendant l occupation, attirant chez elle des allemands parmi lesquels des officiers de la SS et plus particulièrement Ludwig Vogel, qui deviendra l amant de cette américaine de dix ans son ainée Quand l Allemagne declarera la guerre aux Etats Unis , Florence Gould sera exemptée par les Allemands des mesures frappants les ressortissants des pays ennemis
Le colonel Engelke qui était un hôte constant de la maison du boulevard de la Saussaye qualifia la principauté de Monaco de "poubelle de luxe", le prince Louis II participa à la mise en place d'une banque Allemande  habilement camouflée dans laquelle la milliardaire Florence Gould prit une participation de 5% .
Comme quoi l'argent n'avait vraiment pas d'odeur!
Il y eut aussi Karl Boemelburg, je vous renvoie a Wiki pour ses exploits:

Max Bonnafous et Gaby Morlay

Gaby Morlay a connu aussi la maison de Neuilly, elle était depuis le début de la guerre la maîtresse de Bonnafous, a la mort de sa femme il épousera Gaby, en 1961. Gaby Morlay, apparemment ,n'était pas cliente a la bijouterie Clerc Place de l Opéra, elle porte sur cette photo un collier "Passe partout de Van Cleef et Arpels"
Max Bonnafous Il est d'abord chef de cabinet du nouveau Ministre de l'intérieur Adrien Marquet du 27 juin au 6 septembre 1940. Le 25 juillet 1940 il rencontre Helmut Knochen qui dirige la petite équipe de la SIPO installée à Paris contre l'avis de la Wehrmacht par Himmler et Heydrich 
Bonnafous transmet à Knochen la proposition d'Adrien Marquet d'établir un lien direct avec un homme de confiance d'Hitler afin de contourner l'administration militaire allemande. Puis il est nommé préfet à Constantine et à Marseille. Au retour de Laval en 1942, il devient secrétaire d'état puis ministre de l'agriculture et du ravitaillement. Il ne cesse d'être ministre qu'en janvier 1944, au moment où son vieux rival Philippe Henriot devient membre du gouvernement. (source Wiki)

Et c’est à cela que servit cette belle maison , à organiser des soirées dansantes, des déjeuners, des dîners, même si elle régalait aussi chez Maxim’s, à la tour d’Argent, chez Drouant etc. Elle cherchait des protections, des affaires, de futures victimes d'escroqueries, etc.


Knochchen
Helmut Knochen fut, pendant la seconde guerre mondiale, Chef de la police de sûreté (SIPO) et du service de sécurité (SD) pour la France, avec rang de SS Standartenführer dans la hiérarchie SS (soit colonel). Wikipédia

Maulaz trouvait que Laure avait du flair pour organiser les rencontres, même si souvent il lui suggérait les invitations.
 On appela cette méthode de Laure , les « Plans de table de la Gestapo » Cette maison réunissait les Allemands et les Français  pour les « affaires » mais aussi et surtout,cela permettait aux SS de surveiller les industriels ou décideurs français .

Jacques Fath avec Paulette Godard, Photographie de Jacques Rouchon
Elle avait besoin pour toutes ces réceptions de faire de gros frais vestimentaires , elle allait surtout chez le couturier Jacques Fath , roi des nuits parisiennes qui habilla nombre d’allemandes fortunées pendant la guerre.
Évidemment un rapport des S.S ne tarda pas à relater toutes ces supercheries et elle fut arrêtée. La débâcle des allemands s’organisait, elle fut admise en clinique, elle avait compris que le départ des Allemands était proche.


Karl Oberg et Pierre Laval

Karl Oberg est décédé en 1965 a Flensburg en allemagne, général SS avec le grade d'Obergruppenfürher et le titre de Chef Supérieur de la SS et de la police pour la France


Elle refusa de s’alimenter, elle préparait ainsi la suite, afin de faire croire que son état physique était dû à de mauvais traitements de la part des allemands alors qu’elle avait été bien traitée.
Le 15 aout elle fut libérée et reconduite chez elle  puisque Oberg renonce a l' emmener en Allemagne.
A la libération elle séduira un américain officier supérieur et jusqu'a sa mort fera des victimes par  ses escroqueries

N'oubliez pas dans le chapitre:http://richardjeanjacques.blogspot.fr/2012/06/l-extraordinaire-histoire-de-la.html

ou je relatais déjà l histoire de cette maison de Neuilly qui abrita les négociations secrètes entre Kissinger pour les Etats Unis et Le Duc Tho pour le Vietnam.

Laure Dissard, une reine de l'Occupation (G. Joseph) Chez Albin Michel
Les gens ont quelquefois des talents peu ordinaires. Celui de Laure Dissard est l'escroquerie de haute volée. Le mensonge et la comédie lui étaient aussi naturelles que l'air qu'elle respirait.
 Née en 1914, elle montra ses capacités pendant la seconde guerre mondiale.
 Plus patriote qu'elle, pendant la drôle de guerre, il n'y avait pas. Avec le général Tulasne, oncle du héros de Normandie-Niemen (comme quoi la faisanderie n'est pas héréditaire), elle monta diverses combinaisons.
 Une fois les Allemands à Paris, il n'y avait pas plus collaborationniste qu'elle, elle organisa des soirées somptueuses avec tout le gratin de la collaboration parisienne, les Benoist-Méchin, Déat et compagnie, et devint même la maitresse de Jean Bichelonne (1).
 Pour illustrer les extraordinaires capacités de la dame dans son domaine, voici comment elle passa le mois d'aout 1944. Au début du mois, elle fut arrêtée sans violences par les SS qui voulaient avoir quelques explications sur le fait qu'elle se vantait dans tout Paris de connaitre personnellement Himmler. Ayant senti le vent tourner, elle cessa de s'alimenter.
 Relâchée au bout de trois jours, elle s'alita pour le reste du mois et trouva un médecin complaisant pour constater son triste état de santé. A partir de ce bout de papier et en faisant jouer ses connaissances qui n'étaient pas toutes en Allemagne mais aussi à divers postes administratifs, les mauvais traitements devinrent des tortures. Grâce à de faux résistants et aussi à quelques vrais bernés par ses mensonges et ses charmes, elle obtint un certificat de résistance et même une carte de déportée ! Pour parachever la construction, elle fut pendant quelques mois la maitresse d'un officier supéreiur de l'OSS (qui finit par être renvoyé chez lui carrière ruinée, ses supérieurs n'étant pas trompés par les artifices de la dame).
 Bien sûr, tout le monde n'était pas dupe, notamment les RG. Mais, d'une part, de nombreux témoins avaient disparu dans les turbulences du crépuscule des dieux blonds ; d'autre part, ceux qui restaient occupaient souvent des postes suffisamment importants pour paralyser les démarches.
 Après guerre, elle se spécialisa dans l'escroquerie contre d'anciens collabos qu'elle connaissait et dont elle savait qu'ils préféreraient ne pas porter plainte.
 Néanmoins, l'âge venant, ses charmes opéraient moins et il n'y avait plus ce petit plus qui fait que le gogo bascule dans le piège. Elle fit de la prison (mais jamais pour ses activités pendant la guerre alors que c'était la part la plus condamnable de son parcours).
 Son ennemi le plus tenace se révéla être le fisc qui la poursuivit pendant quarante ans pour l'arriéré de la guerre.
 (1) : Jean Bichelonne est une caricature de Polytechnicien : major à l'entrée, major à la sortie, exceptionnellement brillant, carrière fulgurante et pourtant il se trompa de bout en bout. Bien qu'il l'ait ensuite reniée, il a signé en juillet 1944 une pétition reprochant au maréchal Pétain de lacher les Allemands. Un de ses professeurs, pour exprimer ses grandes faiblesses dans tant de force, a dit de lui : «Il sait tout et c'est tout.» On dirait qu'il a été mis au monde pour illustrer la boutade «La différence entre un train et un Polytechnicien, c'est que le train, quand il déraille, il s'arrête.» Il est mort lors d'une opération chirurgicale en Allemagne en 1945, ce qui sauva sans doute Laure Dissard, car un procès Bichelonne lui aurait été fatal.
PUBLIÉ PAR FBOIZARD



1 commentaire:

  1. Merci!
    C'est carrément 'du tonnère'!
    Charles Destrée
    (1926) ancien résistant combattant,
    ancien volontaire de guerre.
    kaak@wanadoo.fr

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