mardi 17 juin 2008

Bander et Tirer, les joies de la bijouterie





















Pendant quarante six ans, j'ai pu bander et tirer avec plaisir.
Il est évident que ces termes doivent être employés avec précision.
La célèbre encyclopédie, Diderot et D'Alembert, nous permet de vérifier que pour le bijoutier , le terme:

BANDER, v. act. en terme de Bijoutier, c'est redresser une moulure, par exemple, en la bandant au banc sans la tirer avec violence.

Mais Diderot, esprit éclairé de son temps, qu'entendait il par Banc?
Avec un peu de métier, nous comprenons, mais encore!..;, alors je suis retourné dans l'encyclopédie.

BANC A TIRER, terme d'Orfévre, est une piece de bois sur laquelle les Orfévres tirent les fils d'or où d'argent qu'ils employent. Elle peut avoir, cinq, six, sept, huit, & neuf piés de long, douze à quinze pouces de large, sur quatre d'épaisseur. L'on perce sur un bout de cette piece deux trous qui servent à mettre les poupées que tiennent l'arbre où est attachée la sangle, et où l'on met l'aîle. Voyez POUPEE, ARBRE, SANGLE, et; AILE.

Les deux autres trous qui sont vis-à-vis l'un de l'autre, servent à mettre les poupées qui retiennent la filière, et le troisième est pour recevoir les gratures que la filiere fait à l'or où l'argent en les tirant : elles tombent dans un tiroir qui est au-dessous. Il y a encore quatre autres trous outre ceux-ci, pour les piés qui soûtiennent le banc ; ces piés ont environ deux sur trois pouces d'équarrissage, et deux piés et demi, ou même trois piés et demi de long à deux pouces du bas : sous ces piés l'on met une planche avec un rebord de quatre ou cinq pouces de haut, pour serrer les outils qui servent au tirage.

Mon banc à étirer était en fonte et en acier, mais ressemblait en tous points a celui qui est en photo ci-dessus. Je m'en servais pour étirer du fil, a partir d'un petit lingot, laminé au laminoir à fil (qu'est ce que c'est? je l'expliquerais une autre fois) je passais ce lingot dans une filière coincée entre les poupées, cette filière était constituée de trous réguliers de plus en plus petits, et en recuisant ( j'expliquerais une autre fois aussi) de temps en temps, je pouvais amener un petit lingot de 50/10° de m/m au carré , jusqu'à un fil de quelques dixièmes de millimètres et de plusieurs mètres de long. La même chose pour faire un tube, après avoir plié une plaque rectangle en or, d'abord au marteau pour la mettre en forme et ensuite autour d'un mandrin, je le terminais dans une filière pour lui donner une belle forme de tube , et l' amener au diamètre voulu.

Mais dans ces deux opérations, je TIRAIS, mais je ne BANDAIS pas.

Mais si une moulure, était tordue, où qu'un tube était "de traviole" où qu'un fil n'était pas droit pour un usage précis, alors, après l'avoir recuit, je coinçais une extrémité avec un étau à main derrière les poupées, et redressais le tout en exerçant une légère pression, sur la manivelle du banc, jusqu'à ce que la pièce soit redressée. Et là j'avais bandé.

Je crois utile de préciser comme au cinéma que "toutes ressemblances avec des personnes vivantes ou des faits existants,etc,etc est purement fortuite". Il y a tellement de gens qui ont l'esprit tordu, que deux précautions valent mieux qu'une.

Au sujet de la Grande Encyclopédie de Diderot et D'Alembert, je crois intéressant de rappeler leur définition des trois métiers suivants:

BIJOUTIER


S. m. le Bijoutier s'appelle aussi Joüaillier et c'est celui qui trafique de toutes sortes de pierreries, de petits & de jolis tableaux, de vases de porcelaine et Les Bijoutiers prennent la saint Louis pour le jour de leur fête, & ne font qu'un corps avec les Orfévres. On est reçû Joüaillier-Bijoutier au Châtelet devant le Procureur du Roi, après avoir fait trois ans d'apprentissage. Voyez ORFEVRE.

JOUAILLIER


S. m. (Commerce) qui fait le commerce de jouaillerie. Les Jouailliers sont du corps des Orfevres. Les Merciers peuvent vendre les mêmes marchandises que les Jouailliers ; mais ceux-ci peuvent mettre en oeuvre, monter et fabriquer.

ORFEVRE

S. m. artiste, fabriquant et marchand tout ensemble, membre d'un des six corps des marchands de la ville de Paris, qui a la faculté de vendre, acheter et fabriquer toutes sortes de vaisselle, ouvrages et bijoux d'or et d'argent.

Le terme d'orfévre a son étymologie dans les deux mots or et fabriquant, procédante et imitée du latin auri faber, fabriquant en or.
Les Orfévres se nomment Orfévres, Jouailliers, Bijoutiers : on entend assez communément par orfévre simple celui qui ne se mêle que de fabriquer ou vendre de la vaisselle d'argent ; par orfevre-bijoutier, celui qui vend ou fabrique les bijoux d'or et par orfevre-joyaillier, celui qui vend & met en oeuvre les diamans, perles et pierres précieuses : le droit exclusif à tous autres qu'ont les Orfévres de monter et mettre en oeuvre les diamans, leur a fait donner le surnom de metteur-en-oeuvre.

Et pourtant, lorsqu'on me demandait "vous fabriquez des bijoux.... alors, vous êtes un orfèvre!!!!"
où "vous êtes bijoutier?, ...oui madame, je fabrique des bijoux à la main...alors vous êtes un Joaillier!"

Donc le bijoutier est celui qui fabrique des bijoux en métal,(or, argent, acier, platine)
Le Sertisseur est celui qui va sertir, (faire tenir les pierres précieuses sur la monture préparée par le bijoutier)

L'orfèvre est celui qui fabrique la vaisselle en métal précieux ou non.
La polisseuse est celle (au féminin , car se sont surtout des femmes qui font ce travail) qui avec un travail de préparations diverses va faire briller et polir le métal.
Le Lapidaire est celui qui taille les pierres fine
Le diamantaire est celui qui taille les diamants
Il y a plein d'autres métiers, du brunisseur, au cliveur, en passant par le dessinateur, l'outilleur, etc! Nous avons besoin tous les uns des autres, et c'est cet ensemble de spécialistes qui vont réussir les plus belles parures.

Quant à la définition du bijou, je la trouve encore plus intéressante et c'est pourquoi, je vous la livre ,telle qu'elle se trouve dans la célèbre Encyclopédie.

BIJOUX, s. m. pl. on entend par ce terme tous les ouvrages d'Orfévrerie qui ne servent que d'ornement à l'homme ; comme tabatière, pomme de canne, étui, flacon, tablettes, navette, panier à ouvrage, et cette partie n'étant qu'un talent de mode et de goût, ne peut avoir aucune regle fixe, que le caprice de l'ouvrier où du particulier qui commande.





Je devais penser a cette définition lorsque j'ai fait "ma" première bague en 1964 j'avais fait avec les moyens de ma cliente, qui avait fourni les diamants taille ancienne et les petits cabochons de quartz, c'était une bague décalée , ouverte, à l'époque , mon père faisait des "marguerites", des bagues carrées , ovales, avec un caillou au milieu et le reste autour, j'ai senti dans son regard que pour lui la maison Richard allait souffrir. De temps en temps, j'avais l'autorisation de faire mes élucubrations, mais il a fallu attendre 1972, quand je me suis mis à mon compte pour pouvoir faire ce que je voulais et en quoi je croyais








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